Tout ou presque sur le SLAM :


Les Polysémiques : Derniers nés de la culture urbaine.


Après la Locomysic, Topik et Central Nuts, Les Polysémiques viennent compléter la famille des associations prônant les cultures urbaines. Crée tout récemment, cette dernière vise à développer le "Slam" à travers des sessions mais aussi des actions sociales.

La poésie, ringard? Pour Olivier Boyron, "mieux vaut le slam". Non pas que le président de la toute nouvelle association viennoise, Les Polysémiques, méprise l'art de la rime. Au contraire : "J'en ai fait pendant des années, et je continue".
Et de citer avec enthousiasme Aimé Césaire, et de penser tout aussi fort à Arthur Rimbaud, Léo Férré... Seulement voilà, "la plupart des jeunes ne s'intéressent pas à la poésie". Trop vieux jeu, peut être, trop réglementé, sûrement. Bref, tout le contraire du Slam, "libre, très libre", et moderne. Très moderne.
Né dans les années 80 aux Etats-Unis, dans ces quartiers qui avaient vu auparavant la naissance d'un mouvement musical très vite identifié comme du rap, le Slam n'est arrivé dans l'Hexagone qu'à la fin des années 90. De l'héritage américain, "la France a conservé quelques règles simples : offrir un verre pour un poème déclamé, ne faire passer sur scène qu'un intervenant à la fois, ne pas utiliser de fond musical et ne pas dépasser les cinq minutes afin d'éviter la lassitude". Ou comment marier la culture du zapping, semble t-il inévitable, à celle de l'écrit, beaucoup moins à la mode.
Ou comment, surtout, permettre "à tous, jeunes et vieux" de lire haut et fort des textes personnels. Mais, concrètement, le Slam késako? "Un mouvement artistique, culturel et social qui, en remettant la création et l'expression orale à l'honneur, les rend accessibles au plus grand nombre". Autrement dit : dans une salle surpeuplée, des écrivains en herbe se succèdent au micro pour déclamer leurs textes. Seul interdit : celui du temps, ils ne doivent pas dépasser les 5 minutes. A part ça, "ils sont libres". Diction, sujets, style, à chacun sa méthode.

Libre comme le slam.
C'est au printemps dernier qu'Olivier Boyron a découvert cet art, en plein boum à Lyon. "J'ai trouvé ça génial. Cela faisait longtemps que j'écrivais, mais je n'avais jamais lu mes textes en public. Cette liberté donne des ailes. Sur scène, tu peux tout faire, de la poésie, de l'humour, des textes engagés, du premier, deuxième, troisième degré... Le public est très ouvert. Il est là pour écouter, il est très tolérant". Séduit, Olivier pense aussitôt à monter "un truc similaire sur Vienne". Le 22 octobre dernier, il dépose les statuts.
Depuis, au côté des autres associations prônant les cultures urbaines (Locomysic, Central Nuts...), en vogue actuellement sur Vienne, il cherche à développer le Slam. "Il y a beaucoup de personnes qui écrivent dans leur coin, mais ne montrent jamais leurs textes. Là c'est l'occasion de les lire". Le 8 mars prochain, les Polysémiques, fort d'une quinzaine d'adhérents âgés de 18 à 50 ans, organisera ainsi son premier rendez vous "Autour du Slam" journée proclamée "de la poésie urbaine". Olivier Boyron prévoit aussi d'organiser, outre un grand événement annuel, des rassemblements périodiques de slameurs.
"Il nous faut juste trouver un lieu propice, café ou autre". Mais ce n'est pas tout. "La deuxième tâche de notre association est d'organiser des ateliers d'écriture avec les jeunes, notamment dans les centres sociaux". Car si le slam est un mouvement artistique, "c'est avant tout un mouvement social. Il est issu des quartiers populaires, de la part de personnes qui ont des choses à dire". Toutefois, Olivier Boyron ne veut pas "diriger" des ateliers classiques. La base du truc ne réside pas essentiellement dans l'écriture, mais dans la confiance. Il est important que les participants prennent confiance en eux. C'est aussi ça le Slam : oublier sa peur et monter sur scène pour y lire un texte qui peut être très personnel. A la base il faut bien sur que les personnes aient des choses à dire et qu'elles sachent écrire, mais après...". Après, ce sera libre. Comme le Slam.

Trois questions à Olivier Boyron:
"Parler de la vie réelle"


1/ D'où vient le Slam?

Des Etats-Unis. On s'accorde à situer la naissance du Slam à la fin des années 80, et plus particulièrement à Chicago, sous la houlette de Marc Smith, un ancien ouvrier du bâtiment, écrivain informel et fou furieux de poésie, qui lisait ses textes en public. Les premiers Slams avaient l'aspect de tournois d'exhibition. Rapidement, le phénomène s'est propagé dans tout le pays. En 1992, Boston a accueilli les championnats nationaux du slam. Le mouvement s'est popularisé en 1998, grâce au film éponyme de Marc Levin. Dans la région, le slam a commencé à se faire connaître, voilà seulement un an. Mais ça commence à bien se développer. A Lyon, c'est un grand succès qui essaime à Bourgoin, Bourg en Bresse, Grenoble ou encore ici...
2/ Est-ce un mouvement proche du rap?
Oui, parce que cela vient des mêmes quartiers. Mais non parce que c'est une écriture très différente. Les rappeurs sont souvent prisonniers du même rythme, ce qui n'est pas le cas du slam où chacun y amène le sien. Chacun son style. Des personnages comme Gainsbourg ou Brassens se rapprochent à leur façon du Slam même si ce qu'ils faisaient était chanté, c'était une forme moderne de poésie, comme le Slam actuellement.
3/ Le Slam est-il un moyen de faire renaître la poésie, sous des formes adaptées à notre société?
Oui. La poésie s'est sclérosée à force d'élitisme. Aujourd'hui, elle renaît, plus pétillante que jamais. Elle descend de sa tour d'ivoire Grâce au Slam qui accueille tout ce qui bouge. L'essentiel du Slam, c'est de s'exprimer, de crier haut et fort ce que les poètes académiques taisent, de parler de la vie réelle.


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