Tout ou presque sur le SLAM :


Le Progrès de Saint Etienne : Mardi 23 mai 2006        
Suite à une prestation des Polysémiques à Saint Etienne, pour réaliser cet article nombres d’informations ont été prises sur notre site d’où les nombreuses phrases se retrouvant dans nos pages.


Dossier : Le Slam ou la poésie démocratisée.

Ringarde, la poésie, non ! Elle connaît même une vraie renaissance. Et se démocratise. Le cercle des poètes n’a donc pas disparu. S’ils sont de plus en plus nombreux en phase avec les phrases, ils ne publient pas de recueils destinés à d’élitistes lecteurs. Ils déclament leurs proses dans des bars . Et se réclament de la scène Slam. (dossier : V éronique Miot)

Ils dézinguent au coin du zinc.
Le slam est-il un art ? Un mouvement social ? Culturel ? Contestataire ? Peut être. Mais il est surtout un moment… Un moment d’écoute, un moment de tolérance, un moment de rencontres, un moment de partage. Comme au Little Soba, un bar de la rue des Martyrs-de-Vingré, un premier mercredi du mois.

« Pirate ta ville ! A votre bon cœur sur Michel » lance Crayon, au micro. L’effet est immédiat. Ce mercredi soir à l’heure de l’apéritif, au Little Soba, un bar branché du numéro 4 de la rue des Martyrs-de-Vingré, la très nombreuse clientèle hétéroclite cesse toutes conversations. La brouhaha ambiant fait soudain place au silence. Que se passe t-il ? Pourquoi le jeune homme aux cheveux ras lance cette invitation à fustiger la politique de Michel Thiollière, le maire de saint Etienne ?
Sans aucun doute parce que cette soirée est programmée dans le cadre du festival des résistances et des alternatives. Et a priori les festivaliers ne sont pas des adhérents de l’UMP, ni du parti radical de droite. Ils n’attendent, cependant, pas un débat d’idées traditionnel. Non ! Mais des joutes oratoires plus sensibles, plus intimes, plus drôles aussi. Des mots poétiques pour exprimer des maux. Un slam, quoi !
Car à Saint Etienne, il existe bien une scène slam. Ce mouvement artistique, culturel, social, et parfois contestataire, né aux Etats-Unis à la fin des années 1980, s’est implanté en France vers 1995. Et à Saint Etienne depuis deux ans, par le biais du collectif « Slam donc qu’on test ». Crayon en est d’ailleurs un des fondateurs. «  Pour le plaisirs des mots ». Il organise des slams localement. Tous les premiers mercredis, au Little Soba, des poètes d’un nouveau genre se retrouvent pour déclamer sur une minuscule scène improvisée près du zinc. Beaucoup sont des rappeurs, d’autres sont issus de le scène hip hop. Mais pas seulement.

« Ce n’est pas facile de slamer »
Le cercle ne demande qu’à s’élargir. Tout le monde peut prendre la parole, le temps d’un texte. Quel que soit son style, ses opinions. Mais tous doivent respecter un minimum de règles : lire, réciter, improviser – c’est très rare – un texte a cappella, en cinq minutes maximum. « Ici en France, c’est beaucoup plus libre qu’aux Etats-Unis, ou dans les sessions », précise Crayon.
A la fin de la prestation, c’est la récompense : un verre offert. Et surtout des applaudissements. Car le public est essentiel. Il réagit, rit, siffle. Mais « il n’est pas dupe : ce n’est facile de slamer ». Crayon le sait. Il est lui-même slameur. C’est d’ailleurs lui qui lance les « hostilités» ce soir là. Le poing levé, les yeux rivés sur un bout de papier, il se jette « mon maire part en guerre ! Sus aux pirates ! moi je suis les majors ! Pirates contre corsaires ! (…) » C’est un triomphe. Visiblement Michel Thiollière, rapporteur de la loi sur les droits d’auteurs au Sénat, n’a pas que des émules dans ce bar.

« Verve canalisée, en vers analysés »
Une dizaine de slameurs se succède au micro, avec une énergie en « verve canalisée, en vers analysés les scories d’une ère à couper le souffle ». Tous se cachent derrière des pseudononymes. Une identité construite sur des jeux de mots. Rest’coule Nikov, Mix Ô Ma Prose, Barbie Tue Rick, Lolita Peel… ont une vingtaine d’année, une trentaine, voire une petite quarantaine. Leur écriture est comme « un cri, tic gravé en son fort, viscéral et cérébral ». Elle est revendicative. Ou pas. Et beaucoup ne respectent pas le thème de la soirée , d’ailleurs, « parce que Michel Thiollière, on s’en fout ». Peu importe. D’autant que d’habitude aucun sujet n’est imposé. La démarche est toujours sans peur et parfois pleine de reproches. Impressionnant ces débits rapides et idées acides. Et en plus c’est gratuit.

Barbie tue Rick : Une des rares filles de la scène slam.
Barbie Tue Rick« Pro-défonceuse de la langue française », cette bibliothécaire, âgée de 42 ans, est entrée sur la scène slam il y a trois ans, « par jeu ». Aujourd’hui, elle est « une poupée évanescente qui vanne blessante » .
Elle se définit comme « une poupée évanescente qui vanne blessante », Barbie Tue Rick. « Pro-défonceuse de la langue française », cette bibliothécaire de 42 ans est entrée sur la scène slam il y a trois ans, « par jeu ». Elle veut alors « voir si elle est capable d’écrire sous cette forme là ».
Au départ, elle se rend compte de ses limites.  Pourtant déjà auteur de contes, « cette vieille boulimique de littérature » lutte, rature. Elle « cherche son propre langage ». Le trouve. Et écrit ses slams, les apprend, les prépare, les répète. Et sur la scène « elle s’expose, en strip-t-ose. Elle scrute les strictes fadaises, abruptes falaises de ce monde de nazes, qu’elle désosse en scripts tristes. » Pourtant avant chaque prestation, elle reconnaît « être morte de tract ». Pour elle « c’est plus difficile de lire son propre texte que de se déshabiller ». Qu’importe. « La colère et le désabusement sont (ses) moteurs.
Tuer Rick…Hunter
Ses slams sont donc « des diatribes bêtes, et 100 pur sang glucose, qui cause pas de diabète mais de l’état si sale et de l’étau social qui enserre les minettes ». oui, elle l’avoue, si elle slam, c’est aussi pour « donner une autre image de la ménagère de moins de 50 ans ». féministe, Sans aucun doute ! Et c’est pour cela que cette jolie Barbie blonde veut tuer Rick…Hunter. Alors « enquêtrice du stress » elle « retrace les quêtes tristes de nénettes lasses ». Mais elle, elle le clame haut et fort, elle n’est « pas une poupée callipyge que dalle qui cause que d’elle », ni « une poupée qu’on love automatique ». Seulement une des rares filles de la scène slam.

Mix Ô Ma Prose : « En scène, des baffes »
Fondateur des Polysémiques, animateur de leurs atelier d’écriture, membre de la Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots (SLAM), de laMix Ô Ma Prose Constellation d’improvisation d’écriture éphémère ludique lyonnaise (Cieell) et de La Tribu du Verbe, Mix Ô Ma Prose a décliné sa prose au Little Soba.
Très en verve, et tout en verbe, il dresse lui-même son portrait.
« Venu par hasard, parrainé par personne, parano partout et surtout pas aux normes…
Enfant des eightees éjecté sans tact d’une enfance taclée dans le chaos d’une ado l’essence miraculeusement préservée. Parcours au cœur d’associations, théâtre de rue, peintures, performances, poésies, chroniques culturelles, sans gagner, sans perdre, mais en s’y formant, hors du formatage et de leurs faits d’otages. (…)
Débit rapide, idées acides , les concepts se succèdent en thèmes saccadés, incommunicabilité, cultures du vide, désinformations, résistance…
Au bas mot Mix Ô Ma Prose fond sur l’emprise d’un empire qui nous enferre en parts de marché. Démarch
e sans peur et pleines de reproches »


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